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Cartagena : les évadés

Les Caraïbes… 1672… Des pirates s’échappent par les souterrains d’une forteresse dans laquelle ils étaient retenus prisonniers. Cartagena vous propose de revivre leur folle évasion… Engagez-vous dans une course pour la liberté mais ne vous précipitez surtout pas si vous souhaitez avoir une chance de monter dans la chaloupe.

Temps de lecture estimé : 12 minutes


Cartagena : un jeu de course pour avancer en reculant

L’année 2001 restera pour beaucoup synonyme d’explosion d’une bombe ludique : Carcassonne. Le vainqueur du Spiel des Jahres aurait pu reléguer dans l’oubli d’autres excellents jeux, eux aussi nominés la même année. Mais il faut croire que l’affiche était suffisamment grande pour accueillir plusieurs noms en grosses lettres. San Marco, River Dragons (Les Dragons du Mékong) ou encore Cartagena parviendront ainsi à jouer plus que les seconds rôles. Ce dernier, même s’il échoue en finale du Spiel, obtiendra une mention plus qu’honorable en remportant l’As d’Or « Tactique » (2001).

Créé en 2000 par Leo Colovini (Clans, Intrigues à Venise, Carolus Magnus, Atlantis), Cartagena bénéficie du savoir-faire de VENICE CONNECTION. La « petite entreprise », fondée en 1995 par Alex Randolph, Dario De Toffoli et Leo Colovini, entend « produire des jeux, s’amuser en essayant de ne pas perdre trop d’argent ». Une ambition pas si simple à tenir au début des années 2000 sur un marché italien peu habitué aux eurogames.

Cartagena se présente d’abord comme un jeu de course. Votre but consiste à amener vos six pirates le plus rapidement possible vers la chaloupe qui leur permettra de s’évader de la forteresse dans laquelle ils étaient retenus prisonniers. Son originalité repose ensuite dans la succession d’allers-retours nécessaires pour faire progresser ses pions. Vous devez en effet utiliser vos cartes pour avancer mais, pour en récupérer, il vous faudra reculer. Un mécanisme qui n’est pas sans rappeler celui initiée par David Parlett dans Le Lièvre et la Tortue.

  • Editeur : VENICE CONNECTION
  • Auteur.e.s : Leo Colovini
  • Thème(s) : Pirates
  • Mécanique(s) : Gestion de ressources, Course
  • Âge conseillé : 8 ans et plus
  • Nombre de joueurs : de 2 à 5
  • Durée d’une partie : 30 minutes
Cartagena est jeu de course et de gestion de main.


Description de Cartagena

En 1672, à Carthagène, prison réputée la plus sûre des Caraïbes, une trentaine de Pirates parvinrent à quitter la forteresse au cours d’une incroyable évasion.

Dans ce jeu, vous allez revivre cette folle aventure : à la tête de votre équipe, à vous de parcourir les souterrains le plus vite possible pour atteindre la chaloupe.

Pour avancer, il vous faut utiliser vos cartes, mais pour récupérer des cartes, une seule solution : reculer !

A vous d’utiliser au mieux votre équipe, de ralentir au maximum la progression de vos adversaires et surtout de ne leur faire aucun cadeau.

Le trouver – 21,58 euros chez PHILIBERT (prix de vente conseillé)


Comment joue-t-on à Cartagena ?

But du jeu

Chaque joueur doit aider un groupe de 6 pirates à s’échapper par le tortueux passage souterrain qui relie la forteresse au port, où les attend une embarcation. Dès qu’un joueur parvient à embarquer son sixième pirate, le bateau lève l’ancre et la partie se termine.


Mise en place d’une partie avec la variante « Jamaïque »

Assemblez dans l’ordre de votre choix les 6 segments de plateau de manière à former un passage souterrain continu.

Chaque joueur reçoit 6 pions. Rassemblez tous les pirates à l’un des bouts du passage souterrain. L’embarcation est amarrée à l’autre bout.

Retirez du paquet la carte sur laquelle est représentée une flèche (elle ne s’utilise que dans la version « Tortuga »). Mélangez le paquet et distribuez 6 cartes à chaque joueur. Avec les cartes restantes, formez une pioche face cachée et placez-la au centre de la table.

Vous démarrez la partie avec 6 cartes à jouer pour faire avancer vos pirates.


Déroulement d’une partie de Cartagena

Jouez à tour de rôle dans le sens horaire. Le joueur qui ressemble le plus à un pirate commence la partie (ce qui n’est pas forcément un avantage).

Lors de votre tour de jeu, vous pouvez effectuer jusqu’à 3 actions. Vous êtes libres de réaliser les combinaisons de votre choix mais 1 action au moins doit être effectuée à chaque tour. Deux sortes de coups sont autorisées :

1. Jouer une carte et avancer un pirate

Choisissez une carte en fonction de son symbole et défaussez-la face visible. Choisissez ensuite un de vos pirates et avancez-le jusqu’à la prochaine case libre représentant le même symbole que celui représenté sur la carte jouée. Libre » signifie que la case n’est pas déjà occupée par un autre pirate.

Si, sur sa route, votre pirate ne rencontre que des cases déjà occupées, alors vous pouvez le faire avancer jusqu’à la fin du souterrain et le faire monter dans l’embarcation.

Le plateau modulable de Cartagena est illustré avec 6 symboles différents.


2. Faire reculer un pirate et tirer une ou deux nouvelles cartes

Choisissez un de vos pirates et faites-le reculer jusqu’à la première case occupée, que ce soit par l’un de vos pirates ou celui d’un autre joueur. Mais attention, lorsque vous reculez, les cases libres comme les cases occupées par trois pirates sont ignorées.

Si la première case sur laquelle parvient votre pirate est occupée par 1 pirate, alors vous pouvez récupérer 1 carte. Si 2 pirates occupent cette case, tirez alors 2 cartes.


Fin de partie

Le premier joueur à placer ses 6 pirates sur l’embarcation largue les amarres et remporte la partie.

A télécharger – Règles du jeu complètes (FR) de Cartagena


Avis des marmailles

« Ceux avec qui j’ai joué, ils réfléchissent trop à leurs cartes donc c’est long pour moi. »


J’aime un petit peu mais pas trop Cartagena.

D’abord à cause des pions pirates. J’aime pas trop comment on les a dessinés [leur forme] et leurs couleurs. L’inventeur aurait dû rajouter du noir, du violet, du rose, de l’orange mais pas du jaune parce qu’il y en a déjà !

Je le redis, j’aime pas attendre mon tour. Ceux avec qui j’ai joué, ils réfléchissent trop à leurs cartes donc c’est long pour moi. Même à deux des fois ça peut être long.

A choisir un jeu de course, je préfère Gouda Gouda [de Frédéric Moyersoen]. Tu lances les dés, t’avances ou tu recules tes souris ou celles des autres et c’est bon !
Lise
Rédactrice (6 ans)

« Il ne faut pas commercer à Cartagena sinon on perd toujours. »


Il ne faut pas commercer à Cartagena sinon on perd toujours. A chaque fois, les autres joueurs sautent les cases qui étaient occupées par nos pirates et on se retrouve à derrière.

J’ai gagné deux fois contre mon père. Ca veut dire que tout le monde peut gagner. Et une fois contre ma sœur parce que je l’avais laissé commencer.

Il faut faire reculer ses pirates là où il y en a déjà deux pour gagner deux cartes. Le possible vite possible avant que les autres les fassent avancer.

Ce qui est amusant avec Cartagena, c’est que c’est une course de pirates. C’est un peu comme Mario Kart mais on doit aussi les faire reculer.
Ulysse
Rédacteur (8 ans)


Le motif de l’irréversible

Les livres d’Histoire ne semblent conserver aucune trace d’une évasion de pirates à Carthagènes en 1672. Autant dire que, derrière une date et un lieu évocateur, le thème de Cartagena relève avant tout d’un pitch créé pour produire une ambiance de jeu. Le plateau modulable met en scène les souterrains par lesquels s’échappent nos brigands. Un habillage soigné mais pas très éloigné de ce que serait sa plus simple expression. Ce long couloir n’a vraisemblablement pas l’ambition de nous fournir le frisson d’une évasion en pleine nuit.


Crédits : Cartagena homemade by garygarison on BoardGameGeek.


Pour nous permettre d’y voir plus clair, Leo Colovini, dans une interview pour Ares Games, déclare que « beaucoup de [s]es jeux ont, en fait, un thème historique. Mais parfois, il arrive tout simplement qu’une situation particulière [lui] fasse penser à un mécanisme ou un thème ». L’inspiration de Clans, par exemple, lui est venu alors qu’il se trouvait dans un bus bondé : « Cela m’a fait penser à la création de l’univers, aux particules élémentaires qui se sont combinées ». Plus tard, l’auteur transpose ce thème au « processus de civilisation qui a commencé lorsque des hommes se sont réunis pour former les premiers villages ».

Dans une autre interview pour White Flag, Leo Colovini confie cette fois aimer tout particulièrement créer des jeux basés sur le motif de l’irréversible : « Je crois que l’irréversibilité est un élément intéressant dans un jeu. Je trouve ennuyeux les jeux dans lesquels plusieurs manches se ressemblent et où des situations identiques se répètent au cours d’une partie ». Dans Cartagena, ce motif se retrouve dans la gestion de main et le placement de ses pions. Les joueurs constatent en effet qu’un nombre insuffisant de cartes en main et quelques pirates laissés aux oubliettes s’apparentent rapidement à une erreur qu’il sera bien difficile de corriger.


« Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin » (Guide du pirate, 1672, p. 48)

L’originalité de Cartagena se concentre principalement dans sa mécanique. Pour avancer, il vous faut utiliser des cartes mais pour récupérer des cartes, il vous faudra reculer. Ce principe de reculade rappelle celui initié par David Parlett dans Le Lièvre et la Tortue (« Hasel und Igel »). Le titre comme le mécanisme de jeu illustrent à merveille l’idée selon laquelle « une course aveugle et précipitée n’amène pas forcément à la victoire ». Les joueurs doivent donc se montrer « à la fois aussi rapide que le lièvre et aussi lent, mais astucieux que la tortue ».


Monopoliser certains symboles est souvent utile pour remporter la partie.


Marqué par sa rencontre avec d’Alex Randolph, Leo Colovini propose une mécanique aux règles simples mais d’une redoutable efficacité : « Il m’a appris à me concentrer sur ce qui est essentiel au jeu et à omettre toutes les règles qui ne sont pas nécessaires. […] En général, je n’aime pas les mécanismes de mouvement qui obligent à compter les cases. En utilisant des symboles, vous pouvez vous déplacer sans compter, en regardant simplement le plateau de jeu. » La meilleure façon d’avancer dans Cartagena consiste à première vue à faire le lièvre, c’est-à-dire trouver « un chemin […] rapide » en profitant des positions des autres joueurs.

Mais il vous faut aussi vous faire tortue. Contrairement au vainqueur du Spiel de 1979, les joueurs dans Cartagena ne reçoivent pas un mais six pions. Il vous faut donc les faire progresser groupés. Réussir une échappée n’est pas un gage de victoire car le véritable équilibre ne s’obtient qu’en avançant lentement. En reculant également le moins possible pour récupérer des cartes tout en empêchant les autres joueurs d’en faire autant. Un nombre de cartes en main important est davantage un atout qu’occuper les premières places.


Cartagena : peu de règles pour un maximum de profondeur

Derrière un thème à l’apparence sombre et austère, Cartagena se présente comme un jeu plus attirant qu’il n’y paraît. Bien aidé d’abord par un plateau modulable. On observe, dès la mise en place, les petites mains s’affairer pour assembler un souterrain différent des fois précédentes. Le défi ne consiste pas alors à changer simplement l’ordre des symboles mais l’architecture même de ce long couloir.

Cartagena se donne ensuite comme un jeu de course tactique mais accessible grâce à des règles simples et une progression qui s’appuie sur des repères visuels. Certains avis de joueurs évoquent bien un « jeu mono-mécanisme » ou un « saute-mouton » moderne. En un sens, ils ont parfaitement raison puisque Colovini reconnaît lui-même qu’« un jeu [n’est jamais plus que] ses règles ». Ils omettent toutefois de souligner la forte impression que peut laisser son système d’interactions, même si celles-ci ne sont qu’indirectes.

Dans Cartagena comme dans ses autres créations, Leo Colovini tente de ne pas négliger les thèmes mais il privilégie avant tout les mécanismes comme le véritable cœur du jeu : « Les mécanismes de jeu que je préfère sont ceux qui s’expriment à travers peu de règles, ceux qui possèdent une grande profondeur et provoquent une grande tension entre les joueurs. J’ai le sentiment d’être devant un bon jeu quand j’ai hâte de voir mon tour de jouer arriver et quand j’en ressens une sorte de trépidation intérieure ».


Les pions de Cartagena ont la forme de pirates.


La première édition de Cartagena a aujourd’hui quelque peu vieilli. Si vous recherchez un jeu familial, avec pour thème l’évasion mais plus actuel, vous apprécierez certainement Bandido. Si vous acceptez d’enfiler le costume du garde…

Lire aussi – Bandido : attrape-le si tu peux !


L'Esprit Marmaille

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