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Kingdomino : le grand détournement

Kingdomino est une histoire à part et une mécanique bien huilée. Un jeu taquin signé Bruno Cathala dans lequel des Seigneurs de tous âges rivalisent pour faire de leur Royaume de dominos le plus prestigieux.

Temps de lecture estimé : 17 minutes


Kingdomino : le best-seller de Bruno Cathala

Edité en 2016 par le studio BLUE ORANGE, Kingdomino s’est rapidement illustré dans l’univers ludique jusqu’à devenir un best-seller. Surfant sur l’effet Spiele remporté en 2017, il se vendra à plus d’un million d’exemplaires dans le monde et deviendra une véritable gamme.

Sa conception est l’œuvre de Bruno Cathala, auteur prolifique à la ludographie foisonnante. Tellement foisonnante d’ailleurs qu’il est bien périlleux d’envisager de la résumer. On citera toutefois : Mr Jack, Five Tribes, 7 Wonders Duel, Abyss, Cyclades, Kanagawa, Jamaica, Nicodemus, Trek 12, Sobek, Ishtar, Yamataï, Dicetown, Jurassic Snack, Ice Team.

La rencontre entre Bruno Cathala et Cyril Bouquet est elle-même une histoire dans l’histoire. L’illustrateur, dans une entrevue avec Jeudéclick, raconte : « Tout est parti d’un petit coup de poker (…). Je venais de voir une vidéo, sur le site de JSP Mag (…) de présentation du jeu Trolland (…). [V]u que le projet avait été présenté non illustré, je me suis jeté sur mes feuilles de papier pour tenter le coup. J’ai fait 4 ou 5 cartes avec des personnages que j’avais retenus du reportage, et j’ai envoyé le tout à Bruno (…). [J]’ai eu une réponse de Bruno qui m’annonçait qu’il avait une bonne et une mauvaise nouvelle. La mauvaise était que le jeu avait déjà été signé avec un illustrateur (…) et la bonne c’était qu’il aimait bien ce que je faisais et qu’il serait ravi de bosser un jour avec moi (…) ».

Cette collaboration débutera avec Haru Ichiban et se poursuivra sur l’intégralité de la gamme Kingdomino.

  • Editeur : BLUE ORANGE
  • Auteur.e.s : Bruno Cathala
  • Illustrateur.rice.s : Cyril Bouquet
  • Thème(s) : Moyen-Âge, Château
  • Mécanique(s) : Placement, Draft
  • Âge conseillé : 8 ans et plus
  • Nombre de joueurs : de 2 à 4
  • Durée d’une partie : 15 minutes
Kingdomino est un best-seller créé par Bruno Cathala.


Description de Kingdomino

Vous incarnez un Seigneur en quête de terres pour étendre son Royaume. Champs de blé, lacs, montagnes, il vous faut tout explorer pour repérer les meilleures parcelles.

Mais d’autres Seigneurs convoitent les mêmes terres que vous…

Le trouver – 18,95 euros chez PHILIBERT (prix de vente conseillé)


Comment joue-t-on à Kingdomino ?

But du jeu

Lors de la remise du Gioco dell’Anno 2017, le jury décrit Kingdomino comme un plaisir ludique « facile à comprendre et à jouer, simple à expliquer et soigneusement illustré ».

Le but du jeu est de connecter astucieusement des dominos pour former un royaume de 5 x 5 cases. Mais pas n’importe lequel, le royaume « le plus prestigieux ».


Mise en place d’une partie pour 4 joueurs

Pour commencer, chaque joueur prend un roi de la couleur de son choix. Prenez également une tuile de départ carrée et un château en 3D de la même couleur.

Mélangez soigneusement tous les dominos et disposez-les face numérotée visible dans l’insert de la boîte. Ils constitueront la pioche.

Pour le premier tour, prenez 4 dominos et disposez-les face numérotée visible au centre de la table. Rangez-les de haut en bas suivant un ordre croissant. C’est seulement ensuite que vous retournerez les dominos côté face paysage.

Pour déterminer l’ordre de départ, un joueur prend les rois dans sa mains, les mélange et les révèle un à un. Après chacune des révélations, le joueur à qui appartient le roi le place sur un domino libre de la rangée. Très logiquement, le dernier roi révélé n’aura d’autre choix que d’être placé sur le seul domino restant.

Lorsque tous les dominos auront été sélectionnés, formez une nouvelle rangée de la même manière que précédemment.

Kingdomino se joue à partir d'une mécanique de draft.


Déroulement des tours suivants

Le joueur dont le roi est placé sur le domino le plus haut sur la rangée débute le tour suivant. Il effectue différentes actions dans l’ordre suivant :

Premièrement, il place le domino sélectionné dans son royaume en respectant certaines règles de connexion. Le joueur peut soit le connecter à sa tuile de départ, soit le connecter à un autre domino. Dans ce dernier cas, il doit nécessairement faire correspondre au moins une case paysage des dominos qu’il connecte. Autrement, si le joueur n’est pas en mesure de respecter l’une de ces deux conditions, il défausse tout simplement son domino.


Kingdomino est un jeu de placement de tuiles en forme de domino.


Deuxièmement, il sélectionne un nouveau domino en vue du prochain tour sur la rangée dernièrement formée.

C’est ensuite au joueur dont le roi est situé en seconde position dans l’ordre croissant, d’effectuer ses deux actions. Et ainsi de suite jusqu’à épuisement des dominos de la rangée.

Puis on forme une nouvelle rangée et un nouveau tour commence. Les joueurs réaliseront de cette façon 12 tours de jeu jusqu’à la fin de la partie.

Le choix d'une tuile détermine dans quel ordre vous choisirez au prochain tour.


Fin de partie à Kingdomino

Lorsque le dernier domino a été utilisé ou défaussé, chaque joueur calcule les points de prestige de son Royaume. Ce dernier est constitué de différents domaines, c’est-à-dire de groupes de cases connectées entre elles et représentant un même type de paysage. Sur certaines cases paysages sont représentés des bâtiments auxquels sont associées une ou plusieurs couronnes.

Pour calculer les points de prestige, on multiplie simplement pour chaque domaine le nombre de cases d’un même type par le nombre de couronnes qu’il contient. Un domaine sans couronne ne rapporte ainsi aucun point.

Chaque joueur additionne les points comptabilisés pour chacun de ses domaines, ajoute éventuellement les points liés à des règles additionnelles optionnelles, et obtient son score final. Le joueur qui obtient le plus haut score gagne la partie.

A télécharger – Règles du jeu complètes (FR) de Kingdomino


Avis des marmailles

« Je trouve le jeu bien mais quand j’ai pas ma fiche c’est la cata… »


Je trouve que Kingdomino est un petit peu beau mais j’aurais préféré d’autres dessins : des princesses.

On peut mettre un domino que s’il a une face pareille que celui avec lequel on veut le coller.

Papa m’a imprimé une fiche [un tapis] de jeu mais je ne sais pas quand je pourrais le colorier. J’ai beaucoup de choses à faire : d’abord je dois travailler, après je dois colorier un poisson pour le mois d’avril, le puzzle poulpe avec maman, c’est 350 pièces quand même ! Et encore après, je dois organiser une fête avec mes Polly Pocket.

Je trouve le jeu bien mais quand j’ai pas ma fiche c’est la cata…
Lise
Rédactrice (5 ans)

« Il n’y a pas beaucoup de dominos grotte mais ce sont eux qui rapportent le plus. »


Kingdomino c’est comme un jeu de dominos mais avec des rois et des paysages.

Mon roi préféré est le rose parce que c’est la couleur principale de Peach, un personnage dans Mario que j’adore aussi.

Quand la partie est terminée, on multiplie les couronnes avec les cases des étangs, des prairies, des champs, des forêts, des carrières et des grottes.

Ce que je déteste le plus dans le jeu, c’est quand les autres joueurs prennent à ma place les dominos avec plusieurs couronnes. Comme ça, je n’ai jamais de points !

Il n’y en a qu’un seul avec trois couronnes : une grotte. Il n’y a pas beaucoup de dominos grotte mais ce sont eux qui rapportent le plus.
Ulysse
Rédacteur (8 ans)


L’histoire à part de Kingdomino

Au commencement était K’dominoz

Sur son site personnel, Bruno Cathala nous raconte en même temps qu’il nous gratifie l’histoire originale de Kingdomino. On y apprend que le jeu qu’il qualifie « [d’]histoire à part dans [s]a ludographie » était « à la base (…) conçu spécifiquement pour une station de ski ».

En effet, comme de de nombreux auteurs complètent leurs revenus par une autre activité, Bruno Cathala, concevait des jeux pour des « clients privés ». Parmi eux, on comptait notamment le Grand Massif Domaine Skiable. L’auteur explique les contours de la commande : « L’idée étant de créer, année après année, un jeu simple tenant dans une toute petite boite (elle doit pouvoir passer aux guichets des remontées mécaniques), ce jeu étant offert aux clients achetant un forfait famille semaine ».

Plus concrètement, l’idée adoptera plusieurs formes. D’une part, elle peut consister à réadapter d’anciennes créations en les relookant complètement. Avec le visuel et la charte graphique du client par exemple. D’autre part, elle peut tout autant consister en un détournement d’un objet ludique connu de tous. L’ambition est alors de découvrir une expérience nouvelle à partir d’un sentiment familier.

De 2012 à 2014, Bruno Cathala créera Zou et Kizz-Kizz en adaptant respectivement MOW et Okiya. Il détournera également le Yams pour aboutir à Yakkaz. En 2015, son cheminement est le suivant : « J’ai déjà fait un jeu de cartes, un jeu de tuiles et un jeu de dés… quel autre objet ludique connu de tous [je] pourrais bien utiliser / détourner pour faire un jeu super simple… presque instantanément, les dominos me sont venus en tête, et c’est ce qui m’a conduit à K’dominoz« .


K'Dominoz sera retravaillé pour devenir Kingdomino.


Mais comme souvent, la fin d’une histoire est le début d’une autre, K’Dominoz était voué à poursuivre son développement : « Mais j’ai pris tellement de plaisir à jouer, jouer et rejouer encore à ce petit jeu que je me suis dit qu’il serait bien dommage de ne pas tenter de l’étoffer un peu pour lui donner une chance dans le circuit traditionnel ». Il deviendra par la suite Kingdomino.


Un nouveau thème : mon royaume pour un domino

Le cahier des charges de K’Dominoz imposait le respect d’une charte graphique ainsi qu’une taille de boîte n’excédant pas celle d’un paquet de cigarettes. En l’état, chaque joueur ne pouvait jouer qu’avec 8 dominos, de petite taille et de faible épaisseur. Les axes de développement les plus évidents consistaient donc à agrandir les dominos et en un changement de thème.

Le thème nouveau de Kingdomino renvoie à une forme de calembour. Chaque joueur incarne effectivement un Roi (King) en quête de nouvelles terres afin d’étendre son royaume (Kingdom). Les parcelles de terres représentent une diversité de paysages et sont tout simplement matérialisées par les dominos.

Malgré la simplicité apparente des illustrations, Kingdomino répond à d’importantes contraintes graphiques. Premièrement, les 6 types de domaines devaient être immédiatement identifiables ainsi que les bénéfices éventuels (couronne(s)) qu’ils rapportent. L’action de discrimination visuelle doit s’effectuer avec le moins d’effort possible.


Des easter eggs ont été placés sur quelques dominos.


Deuxièmement, il fallait qu’on ait envie de prendre les dominos. A ce titre, des easter eggs, c’est-à-dire des illustrations inédites, ont été disséminées sur quelques dominos. Vous constaterez vous-mêmes que les enfants sont autant attirés par ces illustrations incrustées que par les couronnes dans leur effort de construction.


L’apport de Cyril Bouquet dans le travail d’illustration

Le développement graphique de Kingdomino est lui aussi une histoire à part. Jusqu’aux dernières étapes du travail d’édition, Cyril Bouquet n’était pas pas partie prenante du projet. Il demeurera en quelque sorte l’illustrateur de la version finale. Il raconte à Jeudeclick (14/03/2018) : « Pour Kingdomino, c’est un peu particulier parce que quand je suis arrivé dans le processus de création, le jeu avait déjà été entièrement illustré. Au début, je ne devais dessiner que les châteaux, puis un peu plus tard BLUE ORANGE m’a contacté pour refaire toutes les illustrations ! Seulement, au moment où j’ai récupéré le projet, il était sur le point de partir en production afin de sortir pour Essen. Le temps était donc compté (…) ».

Cyril Bouquet a été sollicité non tant pour apporter de simples correctifs que pour donner une direction nouvelle au projet. Par exemple, tous les bâtiments étaient initialement représentés avec une vue de dessus. Ces bâtiments en forme de carré correspondaient aux multiplicateurs à appliquer lors du comptage final. Toutefois, le résultat ne faisait pas l’unanimité chez les joueurs lors de la phase de test. L’illustrateur introduira donc une perspective isométrique ainsi que des icônes couronnes afin d’offrir meilleure lecture du jeu.

C’est également Cyril Bouquet qui réalisera les croquis des easter eggs, lesquels donnent un cachet véritablement bédéesque à Kingdomino. Si cette impression reste subjective, elle rend en revanche justice au style déclaré de l’illustrateur, notamment lorsque celui-ci déclare comme une profession de foi : « Côté formation, j’ai surtout fait des études de dessin animé, et je crois que ça se voit ! »

Reconnaisez-vous la référence sur cette tuiles de Kingdomino ?


Le « pourquoi ça marche ? » de Kingdomino

La FRUSTRATION : un mal pour un bien

Bruno Cathala décrit Kingdomino comme un jeu « taquin » et on comprend vite pourquoi. Car si prendre le domino le moins rentable permet au joueur de choisir son domino en premier lors du tour suivant, prendre le domino le plus intéressant le contraindra à l’inverse à choisir en dernier. La mécanique de jeu nous amène donc à envisager chaque tour comme un choix qui engage le suivant. Il s’agit donc d’une forme de « soit l’un soit l’autre » ou, pour reprendre les mots de l’auteur, d’« un mal pour un bien ».

On aurait par ailleurs tord de considérer Kingdomino du seul point de vue particulier. Sa mécanique de draft encourage en effet chacun à scruter en permanence les autres joueurs. Par leurs positions dans l’ordre des choix, par rapport à l’avancement de leurs Royaumes ou simplement par un fond de machiavélisme, risquent-ils au prochain tour de nous prendre la pièce qui nous semblait indispensable au prestige de notre domaine ? Bref, cet autre équilibre entre choix opportunistes d’un côté, et sécurisation du prochain tour est un des nombreux aspects du côté taquin évoqué plus haut.

Dans une série d’articles souvent citée et intitulée « Les mains dans le moteur », Bruno Cathala se fait théoricien et explique que ces aspects de Kingdomino comme de nombreux autres jeux ne sont « que des micro-mécanismes au service d’un macro-mécanisme (…)  ce carburant, présent et indispensable à l’équilibre de bien des jeux (…) LA FRUSTRATION !!! ».


L’autre moteur de Kingdomino : LA DISPARITION

Bruno Cathala apporte en parallèle une conception assez lumineuse quant à l’expérience de jeu qu’il cherche à créer en tant que game designer : « Ce n’est pas un hasard.. mettre les joueurs en sous-capacité par rapport à leur stratégie les amène à faire des choix, des choix frustrants, mais qui amènent la tension nécessaire au jeu ».

De fait, la frustration n’est que l’un des ressorts possibles pour créer une tension, laquelle doit évidemment rester positive pour ne pas décourager les joueurs mais plutôt leur donner envie de continuer à jouer. Très souvent négligé dans les avis, Kingdomino fait également place à un autre moteur décrit Bruno Cathala : la disparition. Il décrit ce concept à partir d’une approche symbolique : « Jeune, l’individu se retrouve face au sentiment que tout est possible. Une « infinité » de choix s’offrent à lui. Choix qui se réduisent au fur et à mesure que l’âge avance. Le temps est compté. Les mouvements moins aisés. Jusqu’à, finalement, l’issue finale, inéluctable ».

D’un point de vue ludique cette fois, la disparition se met en acte comme suit : « Plus la partie avance, moins il y a de choix et plus ceux-ci deviennent cruciaux. Ce qui conduit à une tension palpable, qui monte crescendo tout au long de la partie. Le jeu n’est pas linéaire, on peut discerner un début, un milieu, et une fin, créant naturellement un semblant d’arc narratif, même sur une mécanique totalement abstraite. Des éléments particulièrement intéressant lorsque l’on souhaite conserver l’intérêt des joueurs jusqu’au bout de la partie ». Les dominos avec couronnes étant en nombre limité et les multiplicateurs étant indispensables pour marquer des points de prestige, la valeur de chaque domino augmente naturellement à mesure que la partie avance. Et cette tension croissante qui l’accompagne, aiguise les convoitises…


En bonus : des goodies pour jouer à Kingdomino

Pour commencer, il existe des tapis de jeu en libre accès afin d’aider les enfants à visualiser les contours de leurs royaumes. Ces grilles de 5 x 5 cases à colorier sont disponibles pour impression au format couleur ou low ink (noir et blanc).

Dans un autre registre et parce que toutes les parties de Kingdomino se termine par un traditionnel exercice de calcul mental, BLUE ORANGE met des carnets de score à disposition pour en faciliter les différentes étapes. Une bonne initiative pour compenser le fait que la boîte n’en contient aucun.


Une partie de Kingdomino avec un tapis d'aide à colorier.


Si vous n’avez pas encore eu l’occasion de vous faire un avis sur Kingdomino, le studio d’édition a aussi pensé à vous. Téléchargez la version de découverte pour 2 joueurs et familiarisez-vous avec quelques sensations que le best-seller de Bruno Cathala offre.

A télécharger – Kingdomino (Version découverte pour 2J) (FR)


L'Esprit Marmaille

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