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La guerre des moutons : gare au loup de Thiercellieux

Même si la comparaison avec Carcassonne est habituelle, La guerre des moutons se présente comme jeu de placement et de connexion original. A la croisée du conte humoristique et de la paysannerie, construisez l’enclos contenant le plus grand nombre de moutons. En famille ou entre amis : la guerre est déclarée !

Temps de lecture estimé : 12 minutes


La guerre des moutons : un jeu de société installé dans le paysage ludique

Edité en 2002 par LUI-MÊME, La guerre des moutons est une création de Philippe des Pallières (Les Loups-Garoux de Thiercelieux, Mafia de Cuba) illustrée par François Bruel (Camelot, Armada, Pingouins).

As d’Or jeu de l’année 2003, La guerre des moutons s’est depuis durablement « installé » dans le paysage ludique avec approximativement 20 000 ventes chaque année. Une forme de reconnaissance du public pour son originalité. Il lui reste désormais à échapper à la comparaison trop souvent abusive avec Carcassonne. Car, à bien y regarder, à part le matériel, les deux jeux de société ne partagent que peu de points communs.

Chaque joueur incarne un berger dont l’objectif consiste à construire un enclos avec le plus grand nombre de moutons possible. Mais attention, nombreux sont les dangers. Il faut se méfier aussi bien des autres joueurs que des loups affamés. Et, quoi qu’on en pense, abandonner au bon moment dans la partie peut également se révéler utile.

  • Editeur : LUI-MÊME / ASMODEE
  • Auteur.e.s : Philippe des Pallières
  • Illustrateur.rice.s : François Bruel
  • Thème(s) : Animaux, Ferme
  • Mécanique(s) : Placement, Connexion, Objectifs secrets
  • Âge conseillé : 7 ans et plus
  • Nombre de joueurs : de 2 à 4
  • Durée d’une partie : 30 minutes
La guerre des moutons est un jeu de tuiles à connecter.


Description de La guerre des moutons

La guerre des moutons fait rage dans les pâturages ! On se dispute pour quelques arpents, on se bat pour un lopin, une parcelle, un champ.

De mémoire de paysan, on n’avait jamais vu ça ! Dans tous les pâturages des alentours, les chiens de berger jappent à tout rompre, les moutons courent en tous sens, et les bergers ne savent plus où donner de la tête pour préserver leur parcelles chérie, celle où ils pourront caser leurs ovins.

La guerre des moutons est un jeu tactique qui s’adresse aussi bien aux grands qu’aux petits. Mais attention, vos sens de l’observation et de l’anticipation seront mis à rude épreuve !

Le trouver – 18 euros chez PHILIBERT (prix de vente conseillé)


Comment joue-t-on à La guerre des moutons ?

But du jeu

Chaque joueur est le berger d’un troupeau de moutons de la même couleur (noir, jaune, rouge ou bleu) et devra construire l’enclos fermé comprenant le plus grand nombre de ses moutons. Cet enclos devra aussi être à l’abri des loups affamés.


Mise en place pour 2 à 4 joueurs

Positionnez la tuile « place du village » au centre de la table. Puis distribuez à chaque joueur une tuile « ? » en veillant à maintenir cette seule face visible.

Enfin, piochez chacun au hasard 4 tuiles dans le grand sac et placez-les dans vos main à l’abri du regard des autres joueurs.

La couleur des joueurs est secrète en début de partie.


Déroulement d’une partie de La guerre des moutons

Le joueur qui a été le plus récemment à la campagne ou, si vous jouez à la campagne, celui qui y réside depuis le plus longtemps, débute.

Choisissez une tuile de votre main puis connectez-la par un côté à la « place du village ». Pour cela, votre tuile doit comporter au moins un côté village. Piochez ensuite une tuile dans le sac. Si en revanche, vous ne disposez d’aucune tuile avec un côté village, passez votre tour sans piocher.

Le paysage se construit autour de la place du village.


C’est au joueur suivant. Il choisit à son tour une tuile de sa main et l’accole à l’une de celles déjà en place. A nouveau, au moins un côté doit correspondre avec la tuile en contact.

Petit à petit, un paysage se dessine avec des enclos, des bois, de petits hameaux. Si un joueur réussit par la suite à poser un tuile de manière à ce qu’elle soit accolée à plusieurs déjà posées, il piochera dans le sac autant de tuiles que de côtés connectés.

Vous êtes libres de dévoiler à tout moment votre couleur de mouton. Ainsi, au moment de votre choix , retournez votre tuile « ? » côté berger et accolez-la à l’emplacement souhaité. Piochez le nombre de tuiles auxquelles vous ouvrez droit puis rejouez immédiatement.

Une tuile « Loup » accolée à une forêt menace tous les enclos qui la bordent. Sans l’intervention d’un chasseur, ces enclos ne pourront donc pas être comptabilisés en fin de partie. Les tuiles « Chasseur » peuvent être accolées à une forêt de manière préventive ou recouvrir les tuiles « Loup » déjà en place afin de les éliminer.

Dans la guerre des moutons, le chasseur protège les enclos adjacents à une forêt.


Lorsque le sac de pioche est vide, la partie continue jusqu’à ce que tous les joueurs utilisent leur dernière tuile ou s’ils décident d’abandonner. Ils sont en effet libres d’abandonner la partie à tout moment s’ils jugent qu’ils ne peuvent pas améliorer leur situation ni dégrader celle des autres.


Fin de partie

Les joueurs marquent respectivement 1 point par mouton de leur couleur contenu dans l’enclos fermé le plus grand.

Le premier joueur qui finit (par abandon ou par manque de tuile) se voit attribuer 6 points en plus de ceux gagnés avec son enclos, le deuxième 3 points et le troisième 1 point.

De cette façon, le joueur qui cumule le plus de point est déclaré vainqueur.

A télécharger – Règles du jeu complètes (FR) de La guerre des moutons


Avis des marmailles

« Plus on avance, plus c’est joli. Tout le paysage est plein d’enclos, de villages et de forêts. »


Au début de La guerre des moutons, on distribue à chacun une couleur secrète. J’arrive un petit peu facilement à deviner la couleur des autres parce qu’on voit vite les grands enclos qu’ils fabriquent.

C’est difficile de savoir quelle tuile je mets parce qu’il y en a tellement de différentes. En plus, il y a des dessins de chaque côté.

Plus on avance, plus c’est joli. Tout le paysage est plein d’enclos, de villages et de forêts.

Une fois, quand il jouait à La guerre des moutons contre mon frère, mon père a fait un score tout bidon avec seulement deux moutons même s’il dit que c’était quatre.
Lise
Rédactrice (5 ans)

« J’adore la guerre des moutons et j’ai décidé que je n’en mangerai plus jamais. »


Dans La guerre des moutons, on croyait dans ma famille au début qu’on comptait tous les moutons qui sont dans un enclos fermé. Mais en fait on compte seulement le nombre de moutons dans le plus grand enclos.

C’est compliqué mais ce n’est pas fini. On ne compte pas non plus les enclos collés à une case forêt avec un loup dedans.

Heureusement, il y a des chasseurs pour tuer les loups. Mais si quelqu’un repose une tuile loup par-dessus, le chasseur est mangé.

La guerre des Moutons est l’un de mes jeux préférés même si je n’aime pas trop les jeux où on a une couleur au hasard. J’adore les moutons et j’ai décidé que je n’en mangerai plus jamais tellement ils sont mignons.
Ulysse
Rédacteur (8 ans)


Un jeu aux multiples influences, dixit Ferdinand Passe-Temps

Dans le Papotache (Tric Trac – 17/02/2016), Philippe des Pallières se confie sur l’origine de La guerre des moutons et nous explique en quoi un auteur « n’invente pas » mais est toujours aux prises avec « de multiples influences ». Il fait ainsi remonter le principe du jeu à une époque où il était encore étudiant en Arts Décoratifs. Il lui était demandé de réaliser des exercices de gouache. Peu motivé, il préférera créer à la place un prototype pour apprendre à gouacher. Il nommera ce dernier « éduco-puzzle » et inscrira, sur son emballage, la mention : « édité par Ferdinand Passe-Temps ».

La guerre des moutons reste fidèle au motif développé par l’auteur quinze ans plus tôt. Lors de sa conception, Philippe des Pallières a pour ambition de créer un jeu abstrait à partir d’un matériel « pas trop coûteux », « très simple et très porteur ». Autrement dit, qui donne envie de jouer. Il retiendra les dominos « quatre côtés » et reprendra inconsciemment le principe de ses anciens exercices de gouachage comme base, à savoir le morcellement d’un carré par sa diagonale. L’effet recherché devient total lorsque cette impression de morcellement se dissipe à mesure qu’un paysage se dessine. Cet effet lui inspire par ailleurs le titre provisoire mais non retenu de « remembrement ».

Seuls les enclos fermés seront comptabilisés en fin de partie.


Le thème a 20 ans (d’avance ?)

Les illustrations sont réalisées par François Bruel, l’auteur et scénariste de la série d’animation Ernest le vampire. Le style de l’illustrateur se remarque par son humour et ses couleurs fauves. Si les humains sont le plus souvent représentés avec des yeux plissés et rieux, les animaux affichent eux aussi des sourires joueurs. Dans La guerre des moutons, loups, chasseurs et moutons ne font pas exception. Cette liberté artistique amènera toutefois le chasseur « a changé [à l’occasion de la réédition du jeu] parce qu’il faisait trop alcoolo ».

François Bruel et Philippe des Pallières ont chacun une parenté à revendiquer. L’illustrateur a su imposer la couleur orange de la boîte, laquelle donne une véritable identité visuelle au jeu. Difficile d’imaginer que La guerre des moutons a 20 ans tant l’aspect graphique a traversé le temps sans prendre une ride. L’auteur, pour sa part, s’attribue l’illustration de la couverture ; l’idée de mettre en scène un loup jouant à saute-mouton lui a été inspiré par un affichage publicitaire dans Télérama… pour la Renault Espace. Etonnant mais véridique ; jugez par vous-mêmes !

La couverture de La guerre des moutons est inspirée d'une publicité pour la Renault Espace.


La guerre des moutons : stop aux comparaisons avec Carcassonne

Mis sur le marché seulement six mois après Carcassonne, La guerre des moutons n’a pu échapper aux comparaisons. Alors que le premier est devenu dans l’intervalle la référence des jeux de connexion, le second se voit reprocher de surfer sur la même vague. C’est oublier, d’une part, que le prototype de Philippe des Pallières a dormi deux ans sur les bureaux de ASMODEE. D’autre part, cela revient à faire abstraction du fait que les mécaniques des deux jeux n’ont pas grand chose en commun.

La guerre des moutons présente de multiples originalités qui le distinguent de son concurrent. Premièrement, à chaque tour, les joueurs doivent jouer l’une des tuiles présentes dans leur main et non celle qu’ils piochent en début de tour. Deuxièmement, le jeu invite, dans une première phase, à remplir sa main de tuiles, lesquelles peuvent avoir leur importance dans la phase de construction comme en fin de partie. Troisièmement, il s’agit d’un jeu à objectifs secrets ; la couleur de chaque joueur n’est connue que par lui seul en début de partie. Cela introduit une dimension possible de bluff. Loups et chasseurs n’appartiennent quant à eux à aucun joueur ; ce sont des éléments de tension et de résolution pour un maximum de retournements.


Au milieu de la guerre des moutons, prenez garde au loup.


La dernière originalité est peut-être la plus inédite. Car, de mémoire de joueur, La guerre des moutons est le seul jeu connu où abandonner rapporte un bonus en fin de partie. Saurez-vous expliquer à vos enfants qu’abandonner peut avoir une valeur positive ? Rassurez-vous. Cet aspect du jeu coïncide le plus souvent avec un consolation lorsque ceux-ci comprennent qu’ils sont bloqués. Si vous préférez une initiation plus douce aux jeux de placement et de connexion, débutez plutôt avec Farmini.

Lire aussi – Farmini : la ferme des animaux par LOKI


L'Esprit Marmaille

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